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En 2016, elle poussait la porte d’Initiative Seine Yvelines pour financer la création de sa première entreprise. Près de dix ans plus tard, Sonia Josse rejoint le Conseil d’administration d’Initiative Ile-de-France et devient la première entrepreneure accompagnée et financée par le réseau à intégrer sa gouvernance régionale. Un parcours qui illustre la force de l’accompagnement dans la durée, mais aussi l’importance de faire entendre la voix des entrepreneurs dans les réflexions qui façonnent leur avenir. Entre transmission, ambition entrepreneuriale et transformation des modèles d’accompagnement, elle revient sur son parcours et sur les contributions qu’elle souhaite apporter au réseau.



En 2016, vous poussiez la porte d’Initiative Seine Yvelines pour donner vie à votre projet entrepreneurial. Quels souvenirs gardez-vous de cette première rencontre avec le réseau et de l’accompagnement dont vous avez bénéficié ?

Sonia Josse : À l’époque, je créais ma première entreprise, Aynos, une marque de chaussures grandes pointures pour femmes. C’était une idée assez atypique, qui pouvait être difficile à appréhender pour les banques traditionnelles.

Passer par le réseau Initiative m’a permis de bénéficier d’un véritable effet de levier et de faciliter le financement de mon projet. J’ai d’ailleurs fait appel au réseau à deux reprises : une première fois en 2016, au moment de la création, puis en 2018 pour accompagner la croissance de l’entreprise.

Je garde le souvenir d’un accompagnement méthodique, clair et concret, qui m’a permis de structurer mes démarches et de faire avancer mes projets.

Près de dix ans plus tard, vous rejoignez le Conseil d’administration d’Initiative Île-de-France et devenez la première entrepreneure accompagnée et financée par le réseau à intégrer sa gouvernance régionale. Que représente cette nomination pour vous ?
Sonia Josse : C’est incroyable ! C’est très émouvant et, surtout, très important à mes yeux.

Pas seulement pour moi, mais pour tous les entrepreneurs du quotidien. Entreprendre est une aventure extrêmement exigeante. Voir qu’un parcours qui a commencé, il y a dix ans, en poussant la porte d’une association Initiative peut conduire aujourd’hui à participer à la gouvernance régionale du réseau est hautement symbolique et, je l’espère, motivant pour d’autres.

Notre expérience de terrain a une valeur considérable. Le choix d’Initiative Île-de-France d’intégrer à sa gouvernance une entrepreneure qui a elle-même été accompagnée et financée par le réseau est un signal fort : la voix des entrepreneurs peut aussi contribuer aux réflexions et aux décisions qui façonnent leur accompagnement.

J’espère surtout ouvrir la voie à beaucoup d’autres entrepreneurs et entrepreneures après moi.

Après avoir été accompagnée par le réseau, vous choisissez aujourd’hui de vous engager à votre tour aux côtés des entrepreneurs. Qu’est-ce qui vous a donné envie de franchir ce nouveau cap ?
Sonia Josse : Cela fait maintenant plusieurs années que je m’intéresse aussi aux « coulisses » de l’entrepreneuriat : à la manière dont on accompagne et finance les entrepreneurs, mais aussi aux transformations auxquelles l’écosystème lui-même doit faire face.

J’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’échanger et de travailler sur ces sujets avec des acteurs majeurs de l’écosystème, notamment Bpifrance et la Région Île-de-France. En 2024, j’ai également organisé au Hub de Bpifrance un événement consacré aux enjeux de l’entrepreneuriat des femmes, en présence notamment de la vice-présidente de la Région Île-de-France.

Le monde change et l’entrepreneuriat avec lui. Je le constate chaque jour en tant que dirigeante, mais aussi au gré de mes différents engagements. Les besoins des entrepreneurs évoluent, les technologies bouleversent les modèles et les ressources se raréfient. Ces transformations interrogent nécessairement la manière dont nous accompagnons et finançons l’entrepreneuriat.

Participer aujourd’hui aux réflexions stratégiques d’un réseau qui a lui-même joué un rôle dans mon parcours entrepreneurial me paraît donc être une suite assez naturelle.

Avec votre expérience d’entrepreneure et votre engagement auprès de « Créatrices d’Avenir » à travers votre entreprise Talâme, quel regard portez-vous aujourd’hui sur les besoins et les défis rencontrés par les entrepreneurs, et notamment les femmes entrepreneures ?
Sonia Josse : Notre écosystème a beaucoup progressé sur l’accompagnement à la création. L’un des grands défis qui se présente désormais est celui du développement : permettre aux entrepreneurs de pérenniser leur activité, de se rémunérer, de financer leur croissance et de continuer à investir.

Ces enjeux deviennent encore plus importants dans un environnement marqué par de fortes incertitudes économiques, politiques et technologiques, notamment avec l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, les entrepreneurs auront plus que jamais besoin d’être soutenus, valorisés et accompagnés dans les différentes étapes de leur parcours.

Pour les femmes entrepreneures, un enjeu supplémentaire me paraît essentiel : celui de l’ambition économique des projets. Nous devons les encourager à construire des modèles économiques rentables et créateurs de valeur, mais aussi à investir davantage des secteurs dans lesquels elles sont encore sous-représentées et qui offrent pourtant de nombreuses opportunités, comme la tech, l’intelligence artificielle ou encore la transition écologique.

L’enjeu n’est donc plus seulement d’aider davantage de femmes à entreprendre, mais aussi de leur permettre de développer des entreprises solides, ambitieuses et capables de grandir.

Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à celles et ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat et pourraient, demain, à leur tour, s’engager dans le réseau Initiative ?
Sonia Josse : À celles et ceux qui se lancent, je dirais d’abord de ne pas rester seuls et de savoir s’appuyer sur les réseaux qui peuvent les accompagner. Entreprendre est une aventure exigeante, mais elle est aussi extrêmement formatrice.

Et à ceux qui, quelques années plus tard, auront envie de transmettre à leur tour, je dirais simplement : votre expérience est une expertise. Faites-en profiter le réseau qui a été là à vos débuts.

En rejoignant le Conseil d’administration d’Initiative Île-de-France, qu’aimeriez-vous apporter au réseau ?
Sonia Josse : Je souhaite bien sûr apporter mon expérience et mon regard d’entrepreneure, mais peut-être plus encore mon esprit entrepreneurial.

Les prochaines années vont demander beaucoup d’agilité. Dans un contexte de transformation de l’entrepreneuriat et de contraction des financements publics, les entrepreneurs vont devoir questionner leurs modèles, trouver de nouveaux leviers de développement et continuer à innover. Mais ces réflexions concernent également les acteurs qui les accompagnent.

Le réseau Initiative, comme les associations locales qui le composent, devra lui aussi continuer à réfléchir à ses modèles, à ses ressources et aux réponses qu’il souhaite apporter aux entrepreneurs de demain.

Ce sont des réflexions profondément stratégiques auxquelles j’ai très envie de contribuer. C’est aussi cela, pour moi, apporter un esprit entrepreneurial à une gouvernance : savoir regarder les transformations qui arrivent, questionner l’existant et contribuer collectivement à construire la suite.